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Résumé
- Style
- Cuisines contemporaines
- Designer(s)
- Laurie Bonin-Gohier
La cuisine Parisien
Cuisine contemporaine
À Morin-Heights, la maison se devine entre les grands arbres. On y arrive par une rue paisible, avec cette impression particulière d’avoir laissé un peu de bruit derrière soi. C’est ici qu’une famille, amoureuse de la nature et habituée aux journées bien remplies, a choisi de faire son nid.
La cuisine s’est dessinée dans le prolongement de ce cadre. La cuisine s’est dessinée en accord avec ce cadre. La pierre des champs de la façade se prolonge à l’intérieur, où le bois se mêle à la laque blanche, au lin et au cannage. Le comptoir et le dosseret en dekton complètent ce jeu de matières où chaleur et lumière se rencontrent. Dans une maison neuve, ces matières apportent d’emblée cette profondeur et cette familiarité que les années déposent habituellement peu à peu.
La forêt demeure ainsi en filigrane: dans le relief d’une pierre, le grain d’un bois, une palette sourde et enveloppante qui accompagne la maison bien au-delà des fenêtres.
Lîlot, entre meuble et sculpture
L’îlot concentre à lui seul ce dialogue. Dessiné et fabriqué sur mesure par les ébénistes d’Ateliers Jacob, il s’éloigne volontairement du vocabulaire du caisson de cuisine pour se rapprocher de celui du meuble sur mesure.
Le bois verni aux reflets chauds habille le volume; les panneaux encadrés et le pied travaillé empruntent au mobilier traditionnel, tandis que le grand comptoir continu et la simplicité de la composition l’inscrivent dans un dessin plus actuel. Mais ce sont surtout ses rondeurs qui en changent la perception. Les angles disparaissent, le veinage accompagne la courbe et l’œil poursuit naturellement son chemin autour du meuble.
Face à l’îlot, la hotte devient le point d’ancrage d’une composition presque architecturale. Sa silhouette ample, encadrée par deux grandes colonnes d’armoires, évoque celle d’une cheminée, tandis qu’une moulure en chêne en souligne la base. La plaque à induction disparaît presque dans le comptoir clair: un jeu entre présence et effacement qui résume bien le parti pris de la cuisine, entre références traditionnelles et lignes contemporaines.
Une palette empruntée au paysage
Dehors comme dedans, la pierre des champs donne le ton. Reprise de la façade sur le mur de la cuisine, elle crée une continuité matérielle avec l’architecture de la maison et le paysage qui l’entoure.
Autour, les matières fonctionnent par échos. Le chêne aux teintes chaudes et profondes réchauffe la composition; les surfaces claires reflètent la davantage la lumière; le laiton en reprend les tonalités ambrées par petites touches. Au-dessus de l’îlot, les abat-jours en tissu introduisent une silhouette plus classique.
L’ensemble se tient ainsi à la rencontre de deux langages: contemporain par ses volumes, plus familier par les matières et les détails qui semblent déjà avoir une âme.
Arches, perspectives et sous-bois
Les arches reprennent ensuite la rondeur de l’îlot à l’échelle de l’architecture. L’une ouvre sur l’arrière-cuisine et place, exactement dans son axe, une grande fenêtre tournée vers les arbres. La courbe cadre ainsi une seconde ouverture, puis le paysage au-delà: une perspective qui maintient l’extérieur en point de fuite, jusque dans l’espace le plus fonctionnel de la maison.
L’arrière-cuisine peut alors absorber une partie du rangement et des préparations sans être coupée de l’ensemble. À quelques pas, le coin bar accompagne un autre moment de la vie familiale. Le chêne aux tonalités chaudes, le verre flûté, les tablettes ouvertes et la réfrigération dédiée composent une scène plus intime, pensée pour que l’on puisse servir un verre sans quitter la conversation.
Au fil de la journée, les usages changent, mais le cœur de la maison reste le même. Une cuisine faite à la mesure d’une famille qui aime vivre entourée, recevoir et garder, même à l’intérieur, la nature de Morin-Heights tout près.
Au centre, rien que la vie
Cette présence aurait été tout autre si l’îlot avait dû concentrer toutes les fonctions de la cuisine. L’évier prend donc place en périphérie, laissant le grand comptoir entièrement dégagé et les gestes liés au lavage à distance du centre de la pièce.
Pour une famille avec deux enfants qui aime recevoir, cette surface disponible peut changer de rôle sans qu’il soit nécessaire de la transformer. On y prépare, on y sert, on s’y installe; lorsque les amis arrivent, les plats prennent place sans avoir à contourner un robinet ou la vaisselle du repas.
Cette liberté d’usage donne tout son sens à la position centrale de l’îlot: davantage qu’un poste de travail, il devient la grande table autour de laquelle le quotidien se déploie.